dimanche 22 février 2015

L'Eveil d'une femme...


L'éveil de Kate Chopin  - 1899


J’avais très envie de vous présenter Kate Chopin, écrivaine américaine assez peu connue en France. 
Son parcours littéraire a été très court et pourtant fulgurant.
Elle a fait partie de ces femmes, au même titre que Sand, Staël, Auten, les sœurs Bronté, Woolf… capables d’évoquer l’âme féminine avec profondeur.
Pour apprécier et surtout comprendre son œuvre, il est important de connaître son histoire.


Kate Chopin (O’Flaherty) est née en 1850 à Saint Louis d’un père Irlandais (qui décède alors qu'elle n'a que cinq ans) et d’une mère Franco Américaine (Créole).

Le premier impact à noter sur son chemin littéraire est que Kate n’a autour d'elle que des modèles féminins, puisque son arrière grand-mère, sa grand-mère et à présent sa mère sont toutes les trois veuves. Donc, contrairement à ses amies, elle n’a pas à supporter un père de famille dominant, un maître de maison qui impose sa loi. Catherine O'Flaherty n’apprend donc pas la soumission au sexe dit « fort ».
Autre point important dans la vie de l'auteure, c'est qu'à l’inverse de beaucoup de jeunes filles de l’époque, elle a accès à la connaissance car sa mère l’inscrit dans un pensionnat catholique pour suivre des études secondaires,  prérogative réservée à la gente masculine.
Son côté indépendant n'empêche pas Kate d'apprécier la compagnie des hommes, elle n’a rien d’un « bas-bleu ». Elle est jolie, de bonne compagnie, elle aime danser, rire et sortir avec les garçons.


A l’âge de 19 ans, elle épouse Oscar Chopin, dont elle aura six enfants. Quelques années plus tard, en 1882, alors qu’elle n’a que 32 ans, son mari meurt de paludisme. Kate se retrouve seule pour nourrir sa famille et devient commerçante.
En 1884, sa mère décède à son tour. Nouveau bouleversement dans la vie de l’écrivaine qui se met alors à lire abondamment des auteurs de la littérature française.  Elle traduit également les œuvres de Maupassant et d’Alphonse Daudet pour un journal de Saint Louis. (Le Saint Louis Dispatch)
 
Le journal "Le Saint-Louis Dispatch"


Texte de Kate Chopin pour le journal
Son goût pour l’indépendance se renforce lors de ses  pérégrinations à La Nouvelle-Orléans qui  lui inspirèrent la nouvelle intitulée « Emancipation : A Life Fable ». Elle remet alors en question l'autorité de l'église catholique romaine en ce qui concerne le rôle de la femme,  puis elle commence à choquer l’opinion en se promenant seule dans les rues de la ville pendant ses vacances  dans une station balnéaire du Golfe du Mexique (ce qui n’est pas convenable pour une femme de cette époque).

L'Eveil est aujourd'hui traduit dans plusieurs langues
 
Edna Pontellier - L'Eveil
 

A 39 ans, elle commence à écrire des nouvelles dont les personnages sont souvent des créoles. Ces recueils sont bien accueillis par les lecteurs, en revanche son premier roman « The Awakening » (l’Eveil) qu’elle publie en 1899 fait scandale car il évoque les pensées intimes d'une femme éprise de liberté. Son livre est considéré comme indécent par l'opinion, il est banni des bibliothèques publiques et mis au ban des librairies. Elle-même est exclue du club des Beaux-Arts de Saint Louis.
Elle sera tellement touchée et dévastée par les critiques virulentes des bien-pensants qu'elle déteste, que "l’Eveil" restera le seul roman qu’elle publiera. Elle décédera en 1904 d'une hémorragie cérébrale.

Bibliographie -  autres livres édités en France (recueils de nouvelles)
  • Le Sorcier de Gettysburg, 
  • Une nuit en Acadie,  
  • La Cigarette égyptienne




4ème de couverture
Une villégiature en Louisiane à la fin du siècle : robe de mousseline, ombrelles, soirées musicales, villas du bord de mer et enfants sages. Un univers serein et paisible. Un peu trop, peut-être, aux yeux d'Edna pour qui cette quiétude confine à la torpeur. Une émotion amoureuse, un parfum enivrant et la vie change de registre. C'est "l'éveil". La jeune femme découvre son goût de vivre, sa créativité, son corps, elle-même en somme. Découverte qui ne va pas sans poser de problèmes, dans l'Amérique de ces années-là...

L'histoire
Edna Pontellier est une jeune femme mariée, maman de deux jeunes garçons. Elle a une vie confortable, un mari gentil mais souvent absent pour affaires. Elle s'ennuie. Elle tombe amoureuse d'un autre homme et se pose des questions sur sa condition de femme... Tout bascule et tout se bouscule dans son esprit et dans sa vie.

Mon avis
Un coup de cœur ! Pour moi une œuvre magistrale de la littérature féministe. Edna Pontellier, l'héroïne de ce roman est plus que convaincante. L'écriture de Kate Chopin est précise, fine et remarquablement sensible. C'est un livre qui s'adresse autant aux hommes qu'aux femmes, car comme je l'indiquais dans la biographie de l'auteure, Kate Chopin n'écrivait pas contre les hommes, mais pour l'émancipation et la liberté des femmes. 
Cette auteure ne connait le succès que depuis quelques années, mais encore trop peu en France à mon avis. Si je peux, par cette simple critique, contribuer à la faire connaître davantage, j'en suis ravie !

Quelques extraits 

"La voix de la mer est séductrice ; sans jamais se lasser, elle chuchote, gronde, murmure, invite l’âme à errer pour un temps dans des abîmes de solitude ; à se perdre dans des dédales de contemplation intérieure.
La voix de la mer parle à notre âme. La caresse de la mer est sensuelle, elle enveloppe le corps de sa douce étreinte."


"L'oiseau qui veut s'élever au-dessus du simple niveau des traditions et des préjugés doit avoir les ailes solides. C'est un triste spectacle de voir la pauvre hirondelle meurtrie, épuisée, revenir à terre en battant faiblement des ailes."

"Maintenant c'est vous qui me racontez des histoires et cherchez à m'abuser, mademoiselle ; ou alors vous n'avez jamais été amoureuse et vous ignorez ce que c'est. Enfin, poursuivit Edna, en serrant ses genoux et en levant les yeux vers les traits pincés de la vieille demoiselle, croyez-vous qu'une femme sache pourquoi elle aime ? Est-ce qu'elle choisit, et se dit : "Allons ! Voici un homme d’État distingué, susceptible de devenir président ; je vais tomber amoureuse de lui"? 

"Il voyait clairement qu’elle n’était pas elle-même. C’est-à-dire qu’il ne voyait pas qu’elle devenait elle-même, et que chaque jour elle rejetait davantage cette personnalité factice dont nous nous affublons comme d’un vêtement pour paraître aux yeux du monde."

Le film tiré du livre


samedi 14 février 2015

Une lumière Irlandaise...

"Les trois lumières"
de Claire Keegan


Ce petit roman m'a touché. 
Il n'a pas été sans me rappeler le film de Jean Loup Hubert (1987)
"Le grand chemin" avec Anémone et Richard Bohringer.




Irlande - Comté de Wexford
Résumé de l'éditeur

Dans la chaleur de l’été, un père conduit sa fille dans une ferme du Wexford, au fond de l’Irlande rurale. Bien qu’elle ait pour tout bagage les vêtements qu’elle porte, son séjour chez les Kinsella, des amis de ses parents, semble devoir durer. Sa mère est à nouveau enceinte, et il s’agit de la soulager jusqu’à l’arrivée du nouvel enfant. Au fil des jours, puis des mois, la jeune narratrice apprivoise cet endroit singulier, où la végétation est étonnamment luxuriante, les bêtes grasses et les sources jaillissantes. Livrée à elle-même au milieu d’adultes qui ne la traitent pas comme une enfant, elle apprend à connaître, au gré des veillées, des parties de cartes et des travaux quotidiens, ce couple de fermiers taciturnes qui pourtant l’entourent de leur bienveillance. Pour elle qui n’a connu que l’indifférence de ses parents dans une fratrie nombreuse, la vie prend une nouvelle dimension. Elle apprend à jouir du temps et de l’espace, et s’épanouit dans l’affection de cette nouvelle famille qui semble ne pas avoir de secrets. Certains détails malgré tout l’intriguent : les habits dont elle se voit affublée, la réaction de Mr Kinsella quand il les découvre sur elle, l’attitude de Mrs Kinsella lors de leurs rares sorties à la ville voisine…



L'auteur

Claire Keegan est Irlandaise. Elle est née en 1968 dans une ferme du comté de Wicklow.
Faute de trouver du travail à la fin de ses études d’anglais et de sciences politiques, elle décide de participer à un concours d’écriture, c’est ainsi que commence sa carrière d’écrivain.
On retrouve généralement derrière chaque écrivain un « mentor » pour Claire c’est Tchekhov. Ce qu’elle admire chez lui c’est son intérêt pour les gens modestes, le retrait qu’il sait conserver vis-à-vis de ses protagonistes pour ne pas influencer le lecteur et le laisser librement glisser vers l’empathie. C’est pourquoi, celle qui «n’aime pas les excès» préfère écrire des nouvelles qui lui permettent de maintenir une intensité.

  



Mon avis 
Délaissée par ses parents, l'aînée d'une famille nombreuse est confiée sans ménagement et pour quelques temps à des personnes qu'elle ne connait pas.   
Derrière le cristallin d'une petite fille, avec des mots simples, des phrases qui s'écoulent avec une sincérité émouvante, l'auteur nous fait partager le destin, le temps d'un été, d'une famille éphémère. 
Je suis particulièrement admirative devant la prouesse de Claire Keegan qui parvient à emporter ses lecteurs au cœur de son histoire sans avoir recours à un vocabulaire châtié. Derrière cette "fausse simplicité" se cache un récit d'une intensité très forte.
J'ai beaucoup aimé la lenteur, la sérénité de cette vie qui s'écoule sans écueils. J'ai été sensible aussi devant le regard bienveillant porté sur la petite fille par "la femme" et "l'homme" le temps d'une moisson...
Ce livre est très court, mais tellement riche !


Quelques extraits

"Quand elle sort, la femme n'accorde pas la moindre attention aux hommes. Elle est encore plus grande que ma mère, avec les mêmes cheveux noirs mais les siens sont coupés net comme un casque."

"Je le regarde reculer, tourner le chemin et s'éloigner. J'entends le claquement des roues sur la grille pour le bétail, puis le changement de vitesse et le bruit du moteur qui remonte la route par laquelle on est arrivés. Pourquoi est-il parti sans même me dire au revoir, sans jamais préciser qu'il reviendrait me chercher ?"

"Tu n'es pas obligée de dire quelque chose, reprend-il. Pense que la parole n'est une nécessité en aucune circonstance. Nombre de gens ont beaucoup perdu pour la seule raison qu'ils ont manqué une belle occasion de se taire."  

mercredi 11 février 2015

Masse critique Babelio - février 2015




"Trois langues dans ma bouche"
de Frédéric ARIBIT
L'auteur

Frédéric Aribit est né en 1972 à Bayonne. Il partage son temps entre Itxassou et Paris. Après un doctorat de lettres, il a publié un essai, André Breton, Georges Bataille. Le vif du sujet (L'écarlate, 2012), et collabore notamment à La Cause littéraire, où il signe de nombreux articles. Il est également bassiste. Trois langues dans ma bouche est son premier roman..



4ème de couverture


Il croyait l'avoir perdue à jamais : sa langue maternelle se réveille. Agitée par les coups du hasard, elle secoue le Basque qui sommeille en lui et le propulse dans les vies minuscules de son enfance. Alors il n'a plus le choix. Cette langue devenue étrangère, il la tourne mille fois dans sa bouche. Et elle met son corps à l'épreuve d'un long baiser qui embrasse avec une même fougue les livres qu'il lit, les gens qu'il aime et ceux qui meurent, broyés parfois dans les mâchoires des revendications politiques.

Furieusement poétique, Trois langues dans ma bouche est l'aventure saisissante d'un homme en quête d'identité, avec le basque aux trousses et l'écriture pour horizon.




Mon avis
Ce premier roman de Frédéric Arabit me laisse perplexe et pas réellement convaincue car je ne l'ai pas vécu comme un "roman", mais plutôt comme un essai, une introspection de l'auteur, une recherche, une quête de vérité ou d'identité comme évoquée par l'éditeur en 4ème de couverture. 
Son écriture est certes remarquable et empreinte de poésie, mais aussi chargée d'ironie parfois sexiste ou un peu morbide...
J'ai aimé le rythme du récit autant que les références musicales et vestimentaires qui ont marqué les années 70 et 80 et dont l'auteur use pour enrichir la narration de ses exploits et découvertes de jeunesse. 
La langue sous toutes ses formes est bien évidemment au cœur de ce livre car il nous la sert aussi bien en vinaigrette, qu'enroulée autour de la sienne ou encore chargée d'un dialecte du pays basque.
Un regard politique sur l'identité des territoires et plus particulièrement sur les indépendantistes, les manifs et les dégâts collatéraux, quelques références aux illustres écrivains qui ont  guidé les pas de l'auteur vers la littérature, des souvenirs d'enfance, des liens familiaux qui s'éteignent et une langue qui tourne sept fois dans la bouche avant de raconter... voici ce que contient ce premier roman.

J'employais au début de ce billet le mot "perplexe" parce que j'ai aimé ce livre et pourtant quelque chose m'a manqué. De l'émotion peut-être ? Je ne me suis pas du tout attachée au personnage principal, qui m'est apparu comme "imperméable" et distant. Je me suis régalée dans la première partie du livre parce que j'ai aimé l'humour et l'écriture de l'auteur et que ses souvenirs de jeunesse correspondaient aux miens. En revanche les cinquante dernières pages m'ont semblé un peu longues et je dois avouer que je me suis ennuyée et perdue dans son débat intérieur.
Voici donc mon avis très mitigé sur ce livre à la verve irréprochable, riche de vocabulaire, de références culturelles, historiques et linguistiques, mais pauvre en émotions en ce qui me concerne ! 


Quelques extraits
"Tu sais ce que c'est ça ? fit-il pour me calmer. Tu te rends compte de ce que tu as devant les yeux, là ? Ce sont les deux plus anciennes lignes de basque jamais retrouvées. Ça s'appelle les Glosas Emilanenses,  ce sont les commentaires d'un vieux livre latin du Xe ou XIe siècle, on a retrouvé ça dans les marges du texte, sans doute écrit par un moine copiste du monastère de San Millan de la Cogolla, dans la Rioja. Deux petites lignes, imagine, deux foutues petites lignes sur un millier de gloses en latin, tu te rends compte ?"

"Une légende basque raconte qu'afin de soumettre les hommes et les femmes de ce pays à la tentation, le diable essaya pendant plus de mille ans d'apprendre l'euskara. N'y parvenant pas, il dut finalement renoncer à envoyer les Basques en enfer.
Je me demande inversement si Dieu, lui, parle le basque. Malgré l'ahurissant renouveau de cette langue en péril dans les années 60 et qui compte aujourd'hui plus d'un million de locuteurs, dont près de 60 000 en Pays basque français, je n'en suis pas certain."

"Les imbrications corporelles devinrent soudain plus complexes. Nous innovions sans cesse, inventant des positions que je ne savais pas physiquement possibles l'instant d'avant, et vas-y que jet te mets mon bras là, et vas-y que tu lui mets ta jambe ici, et alors que nos innocentes conversations suivaient leur petit bonhomme de chemin, parcourant de A-ha jusqu'à ZZ Top tout l'alphabet discographique du moment, nos souffles s'accéléraient si bien que de consentements tacites en chaleurs inconnues, l'air se raréfiait autour de nous, en autant de touch-and-go qui s'ajournaient d'eux-mêmes."

"L'une était blonde, plus arrondie déjà, plus formée que l'autre, la brune autrement plus gouailleuse et qui l'éclipsait en beauté. Mais ce qui fascinait surtout chez ces diablesses acoquinées comme pour vous perdre était cette légère claudication dont souffrait la première, la sœur du petit Benat, parce qu'elle avait une jambe plus courte que l'autre."

"Et puis il y avait cette histoire de jambe, une seule, qu'on n'avait jamais retrouvée. Déchirée sous la force de l'impact, projetée quelque part dans les airs et atterrissant dans le noir alentour, dans un fourré où elle avait lentement pourri, ou dans la gueule d'un chiens moins regardant dont elle avait fait le régal, comme ce morceau de sa propre côte qu'après un pneumothorax, Roland Barthes avoue avoir longtemps conservé dans un tiroir, relique de lui-même, avant de se résigner à le jeter aux clébards du haut de son balcon. On avait enterré un corps unijambiste."

dimanche 8 février 2015

Mon premier Anne Perry !

"L'étrangleur de Cater Street"
d'Anne Perry

J'ai beaucoup de chance : j'ai acheté mon premier livre d'Anne Perry sans savoir qu'il était de premier d'une longue série ! Je dis chance parce que c'est toujours plus intéressant de connaître le début de l'histoire, mais aussi parce que comme j'ai beaucoup aimé je "salive" à l'idée de retrouver prochainement des personnages sympathiques !



L'auteur

Anne Perry est née en 1938  à Blackheat (proche de Londres). Elle est l’auteur de très nombreux romans policiers.
C’est en 1979 qu’elle connait un important succès avec « l’Étrangleur de Cater Street ». Il met en scène l'inspecteur Thomas Pitt de la police londonienne. Ce sera le premier d’une longue série, puisque l’on retrouve inspecteur Pitt et d’autres personnages de ce premier roman dans les intrigues qui suivront.
Anne Perry donne parallèlement naissance à un autre grand personnage qui évolue lui aussi dans l’Angleterre victorienne, l’inspecteur William Monk et que l’on retrouve dans une série tout aussi foisonnante.
Cette reine du polar historique connaît encore aujourd’hui un très grand succès. 

4ème de couverture

 "- Il l'a étranglée avec un fil d'acier, dit Pitt, portant les mains à son cou et en mimant le geste. Un fil qu'il avait sur lui, juste au cas où.
Edward blêmit.
 - Je vous signalerai à vos supérieurs pour impertinence !
Charlotte fut prise d'une absurde envie de rire. Ce devait être nerveux, sans doute.
- A-t-il également tué Chloé Abernathy ? dit Pitt. Et la bonne des Hilton ? Ou bien y a-t-il deux assassins en liberté dans Carter Street ?"

L'histoire

En 1881, dans un quartier de Londres, des femmes sont successivement retrouvées étranglées et défigurées sur les pavés de Cater Street. Charlotte et ses sœurs, Sarah et Emily, mènent une existence confortable jusqu'au jour où, leur jeune bonne Lily est elle aussi victime de l'étrangleur. A partir de ce jour, l'inspecteur Pitt, pour les besoins de son enquête, leur rend visite régulièrement, ce qui n'est pas du goût du maître de maison qui semble avoir des secrets à préserver...

Mon avis

Une très belle découverte pour moi ! Ce roman avait tout pour me plaire puisque je suis une adepte de l'époque victorienne, que j'aime les romans policiers et qu'une histoire sentimentale pimente le tout !
Vous l'aurez compris, je lirai la suite des aventures de l'inspecteur Pitt avec beaucoup de plaisir.

Quelques extraits

"Charlotte resta planté devant son chevalet. Cette peinture, si délicate, si évocatrice un quart d'heure plus tôt, n'était plus que taches marron-gris sur le papier. Dans la tête de Charlotte s'entrechoquaient des images floues : des rues sombres, des pas, une femme qui lutte pour respirer, et par-dessus tout, la peur, et l'agression abominable, sournoise."

"C'était une soirée glaciale de novembre. Le brouillard tournoyait dans les rues, enveloppait les réverbères de volutes brumeuses."

"- Il semble que vous suspectiez notre majordome, répondit-elle, glaciale. Ce qui évidemment me contrarie, à la fois parce que vous jetez l'opprobre sur quelqu'un de ma maison."

Voici la suite des enquêtes de l'inspecteur Pitt, mais il en existe bien d'autres...




Le fou de Malaisie

"Amok"
Stefan Zweig

Il me fallait un auteur dont le nom propre commence par "Z" pour avancer dans le challenge "ABC" Babelio. Une excuse ? Non en réalité j'avais très envie de me plonger à nouveau dans une nouvelle de cet auteur que j'adore.
Une fois encore, c'est une histoire de passion dévorante, une passion qui demeure la pierre angulaire de nombreux écrits de Stefan Zweig.


Stefan ZWEIG
4ème de couverture

Un médecin raté. La moiteur et le racisme des Indes néerlandaises en 1912. Une femme hautaine, mais fragile. Le secret qu'elle porte. L'ensorcellement du désir. Et l'Amok. Ce récit où l'enfantement, la jalousie et la paranoïa s'entremêlent jusqu'au drame nous offre une puissante illustration du poison des normes sociales et de la charge brutale, aveugle, de la passion lorsque soudain elle nous étreint.


L'histoire 
Nous sommes en 1912 à bord d'un paquebot transatlantique sur lequel le narrateur fait la connaissance fortuite d'un homme tapi dans un coin sombre avec pour seule compagnie une bouteille d'alcool. Cet homme qui a fuit les Indes dans un état proche du délire, se confie et partage avec lui les méandres qui l'ont conduit à cette course singulière vers la folie.



Mon avis

Voici une nouvelle qui monte en intensité comme une contagion et qui nous emmène dans les abîmes d'une passion destructrice. 
L'environnement de ce médecin déprimé qui vit tel un ermite, apparaît comme moite, chaud, poisseux et sombre. La vie n'a plus d'intérêt pour lui dans un pays qu'il n'aime pas. 
Ses seuls compensations sont l'alcool et les femmes "jaunes" qu'il méprise. Voilà qu'un jour se présente en consultation une européenne froide, distante et désagréable. S'engage alors entre eux un rapport de force plus que singulier.
Je pourrais avec beaucoup de plaisir disserter sur ce qui m'a semblé provoquer la folie de cet homme tant j'ai adhéré à l'écriture de Stefan Zweig. Cependant, ce n'est pas l'objectif premier de cette critique... Je ne vais donc pas en dévoiler d'avantage, car cette nouvelle bien qu'intense est assez courte. N'hésitez pas à la découvrir, c'est encore une fois du très bon Zweig !


Quelques extraits

"Les énigmes psychologiques ont sur moi une puissance proprement inquiétante, je suis surexcité lorsque je flaire des corrélations, et la simple présence de gens qui sortent de l'ordinaire peut éveiller en moi une passion de savoir qui ne le cède presque en rien à la passion de posséder une femme."

"Or cette femme - je ne sais si je serai capable de vous l'expliquer -, cette femme m'irritait ; dès qu'elle était entrée comme si elle était une simple promeneuse, elle m'avait incité à résister par son arrogance, elle avait -comment dire- incité à la rébellion tout ce qu'il y avait en moi de réprimé, de caché, de mauvais."


dimanche 1 février 2015

Quelques nouvelles du 19ème...







"John Bull sur le Guadalquivir"

Anthony Trollope


L’auteur

Anthony Trollope (1815 -1882) est un des romanciers britanniques les plus célèbres, les plus respectés et les plus prolifiques de l’époque victorienne. Plusieurs de ses livres se déroulent dans le comté imaginaire de Barsetshire et demeurent ses œuvres les plus populaires, mais il écrit également d’excellentes fictions sur la vie politique, ainsi que des testes qui témoignent d’un talent remarquable pour l’observation psychologique. Il se distingue particulièrement dans la peinture solidement charpentée qu’il sut brosser de l’Angleterre victorienne, réinventée dans ses romans avec une force peu commune. (Edition L’Herne)





Anthony Trollope a publié son premier roman assez tardivement à l’âge de 32 ans.  

En revanche, il a écrit 47 romans jusqu’à l’âge de 67 ans. L’auteur s’infligeait une discipline stricte à laquelle il ne voulait pas déroger et s’installait à sa table de travail tous les matins à 5h avant de partir travailler à son bureau des Postes à 8 h.

Ses romans ont connu un grand succès en Angleterre mais il est encore peu connu en France, car peu traduit.

Les thèmes que l’on rencontre le plus souvent dans les œuvres de l’écrivain sont : l’amour, le mariage, les relations avec les parents, l’argent, le pouvoir, la politique, le patrimoine…

Haut fonctionnaire dans les Postes Britanniques, il est célèbre pour avoir notamment introduit la notable boîte à lettres rouge, un des symboles encore présent du Royaume Uni.

Boîte à lettres rouge introduite par Anthony Trollope


J’ai découvert Anthony Trollope avec « Miss Mackenzie », puis « l’Ange d’Ayala » dans lesquels j’ai effectivement retrouvé les sujets récurrents énoncés ci-dessus : l’héritage, le mariage, la dot, l’amour…


Quelques uns de ses livres traduits en français (liste non exhaustive)

  • Quelle époque !
  • Miss Mackenzie
  • L'ange d'Ayala
  • Le Docteur Thorne
  • Rachel Ray
  • Les Tours de Barchester
  • Phinéas Finn
  • L'héritage Belton
  • Le cousin Henry
  • Les enfants du Duc...


4ème de couverture

Rien n'aurait pu être plus agréable, ni plus gentil - je pourrais même dire plus affectueux - que la manière dont je fus accueilli par Maria chez Mr Daguilar. Elle se montra même trop affectueuse, à mon goût, et je me demande si je n'aurais pas été plus satisfait de l'entendre s'exprimer avec davantage de réticence et de la trouver moins encline à me saluer de façon aussi ouvertement chaleureuse. En l'occurrence, elle m'offrit encore une fois sa joue à baiser, en présence de son père, m'appela son cher John et me demanda tout spécialement des nouvelles de quelques lapins que j'avais gardé chez nous uniquement pour faire plaisir à une de mes jeunes sœurs ; et pour ne rien arranger, elle ne semblait pas le moins du monde gênée par la nature particulière de notre situation. Douze mois auparavant, je lui avais demandé de devenir ma femme, et à présent, elle devait me donner sa réponse ; et pourtant, elle était aussi sûre d'elle dans son maintien, aussi joyeusement sereine dans sa façon de parler que si j'avais été un de ses frères revenant de pension.



Mon avis


Il s’agit de recueil qui regroupe quatre nouvelles très différentes les unes des autres, mais dans lesquelles on retrouve un ton très humoristique parfois même à la limite de la moquerie.
 
Le Général Chassé

Ces nouvelles intitulées « John Bull sur le Guadalquivir », « La crique de Malachi », « À cheval à travers la Palestine », « Les vestiges du général Chassé » permettent de se faire une première idée du style de cet auteur, avant de se lancer dans la découverte des "pavés" de six-cents pages qu'il a coutume d'écrire.

La Mer Morte

Son  récit dénote également une grande compassion pour ses protagonistes. Son analyse est faite avec beaucoup d’humanité et il détourne certains travers avec ironie.

J’aime beaucoup l’écriture de cet auteur. Je pense souvent à Guy de Maupassant quand je lis une de ses histoires, sans doute en raison de l’époque ou de sa surprenante capacité à interpeller le lecteur pour donner plus de dimension à ses personnages. 
Ce que je trouve également comique chez cet auteur, c'est son étourderie, car il n'est pas rare de découvrir dans certains de ses livres (comme dans celui-ci et dans l'Ange d'Ayala) une note de l'éditeur qui précise que l'écrivain a annoncé quelques pages auparavant l'inverse de ce qu'il précise dans le présent paragraphe !



Je vous conseille vivement cette lecture. C’est divertissant, très bien écrit, rythmé et franchement drôle !

 
Le Guadalquivir


Quelques extraits



« Qu’on affuble n’importe quel Anglais d’un pareil costume et il aura aussitôt l’air d’un goret en armure. D’abord, il n’aura pas une once de l’aplomb nécessaire pour le mettre en valeur, et ensuite, les gesticulations de ses membres feront honte aux ornements qui les cacheront. »



« Qu’on me permette de décrire le groupe. Je ne voyais que de dos la silhouette la plus proche de moi. Un large dos, engoncé dans une soie noire qui n’était plus de la première fraîcheur. La personne toute entière était boulotte, si l’on me passe l’expression. La soie noire ne descendait pas aussi bas que les robes telles qu’on les porte aujourd’hui, elle n’avait pas non plus une aussi grande ampleur de jupe. Sous tous les rapports, elle était chiche, compte tenu du volume qu’elle avait à couvrir, et au-dessous de l’ourlet, je discernais les semelles de deux épais souliers et une longueur de bas de laine noirs, assez importante pour que je fusse sûr de ce que je voyais. »



« On rencontre à tout bout de champ des hommes dont le seul contact vous rebute, sans même savoir à quoi est due cette antipathie. Leur barbe est taillée d’une manière qui vous déplaît, ou bien c’est leur façon de marcher ou de parler. Il existe, en revanche, des hommes qui vous sont sympathiques d’emblée, et je dois bien dire que John Smith me plut au premier regard. J’hésitai pourtant un bref instant ; car un voyageur se doit de réfléchir un instant, avant d’accepter de se joindre à un compagnon pour un voyage tel que celui que j’allais entreprendre. Ce jeune homme était-il capable de se lever tôt et de rester en selle des dix heures d’affilée ? Était-il capable aussi de vivre d’œufs durs et de cognac allongé d’eau ? Accepterait-il de dormir sous la tente, au gré de nos déplacements, et de se satisfaire de parcourir le désert, ni plus ni moins ? »